I'M STILL HERE / Vrai ou faux documentaire ?
Redige par Charlène Salomé le 26 juillet 2011
C’est un peu la question qu’on se pose tout au long de ce film, aussi étrange qu’ingénieux. Pour sa première réalisation, Casey Affleck signe là un véritable OVNI cinématographique. I’m still here, suit la lente descente aux enfers d’un Joaquin Phoenix ridiculisement drôle. À son insu ? Pas sûr !
Tout le monde se souvient de la bombe qu’avait produite, dans le milieu du cinéma, la déclaration de Joaquin Phoenix, alors un des acteurs les plus en vue de sa génération, d’ abandonner le cinéma pour se lancer dans le hip-hop. Une reconversion qui s’annonçait au prime abord plutôt hardue. Trois ans plus tard, on comprend en partie la supercherie. Il ne s’agissait que d’un docu-fiction de son beau-frère Casey Affleck. Lors de la présentation du film au Festival de Venise, le jeune réalisateur n’aura, en effet, pas tenu longtemps avant de révéler que son film n’est qu’un fake, un faux-documentaire mettant en scène un an de la vie de la super-star suite à l’annonce anticipée de sa retraite. Les deux années de tournage suivent la longue descente aux enfers de l’acteur. On y suit les pérégrinations, pathétiques, d’un Phoenix, bedonnant, affichant une barbe hirsute, et l’égocentrisme d’un gamin de dix ans, bien loin de son image de Johnny Cash dans Walk The Line, qui lui valut jadis un Golden Globe.
I’m Still Here pousse le cinéma à son paroxysme, et pose la question de ses limites : jusqu’où peut-on filmer quelqu’un ? La frontière entre le réel et le jeu vole en éclat. Sa descente aux enfers ne serait donc que simulée ? Il ne se serait donc jamais lancé dans le hip-hop ? Ni n’aurait eu l’intention d’être produit par P.Diddy ? Pourtant ça en avait tout l’air, tout comme ses concerts ratés, et sa catastrophique prestation chez Letterman, à l’occasion de la promotion du film Two Lovers de James Grey ! Le spectateur se demande constamment s’il s’agit d’une vaste blague ou d’un projet véridique, d’un pitoyable sabotage de carrière, qui dans ce cas-là mériterait sérieusement qu’on s’inquiète pour la santé mentale du petit Phoenix. C’est douloureux, surtout lorsqu’on y suit la détresse d’un homme étouffé par la machine médiatique. C’est pour de faux, on nous le promet hein ? On a déjà perdu un Phoenix, River, n’en laissons pas un second sur le carreau.
Les deux complices livre ainsi un film original, déroutant et dérangeant en forme de pamphlet sur le star-system et ses perversions. I’m Still Here marque un tournant dans la façon de concevoir la fiction au cinéma, en interrogeant la place de l’acteur, du réalisateur, mais aussi du spectateur, et son côté voyeur. Joaquin tient là son rôle le plus troublant. Ironiquement, le sien. Il n’y a plus qu’à espérer que Phoenix renaisse de ses cendres...
I’M STILL HERE
(CTV International)
De Casey Affleck
Avec Joaquin Phoenix, Anthony Langdon, P.Diddy
Sortie le 13 juillet











