XVIIIe Revival
Redige par Charlène Salomé le 12 juillet 2011
Au détour du Salon des Glaces et du boudoir du Grand Trianon, on croirait presque que se promènent allégrement les silhouettes fantomatiques de Marie-Antoinette ou de Madame de Pompadour. Grâce au génie de grands couturiers, de Chanel à Jean-Paul Gaultier, en passant par Christian Lacroix, Dior ou encore Vivienne Westwood, le Grand Trianon retrouve le temps d’une exposition estivale, faste et frivolité si caractéristiques du goût rococo de la Cour de Louis XV.
Marie-Antoinette exulte sans doute du tréfond de sa tombe ! La mode du XVIIIe siècle retrouve vie. Le Grand Trianon semble s’éveiller de sa longue létargie le temps de l’exposition Le XVIIIe siècle au goût du jour. Colbert affirmait fièrement : « La mode est à la France ce que les mines du Pérou sont à l’Espagne ». Et pour preuve le XVIIIe est l’époque où naissent les créateurs de mode, Rose Bertin en est une des figures les plus éminentes. Immenses coiffes poudrées, corps à baleines, jupes à panier, volants et falbalas, matières soyeuses et couleurs moirées s’offrent les faveurs des grandes dames de l’époque. La benjamine du clan Coppola aura sans doute permis de faciliter la popularisation de cette période faste. Petit voyage à travers le temps.
À quelques pas de la Cour du Roi, perdu en pleine campagne versaillaise, le Grand Trianon dévoile ses charmes : palais à l’italienne, colonnes de marbre rose et de porphyre, sorti tout droit de l’imagination de Jules Hardouin-Mansart. Si le temps de Versailles paraît bien loin, les cars de touristes ont manifestement remplacé les calèches, l’âme versaillaise semble retrouver un dernier souffle.
Les Sœurs Boué font revivre paniers et dentelles piquées de fleurs, marqué par le style années 20 dans le Salon de Famille de l’Empereur. Christian Dior et Pierre Balmain proposent des robes du soir brodées de motifs décoratifs. Bustes menus, tailles étranglées et jupons volumineux font leur retour. Vivienne Westwood redonne vie à des courtisanes délurées arborant des robes de satin flottantes et colorées. Azzedine Alaïa corsète les bustes des galantes, et livre sa vision dépouillée et libertine du XVIIIe siècle. Christian Lacroix, quant à lui, drape ses reines de robes bustiers chamarrées de pierreries. Dans le Salon des Seigneurs, Thierry Mugler, Comme des Garçons et Yohji Yamamoto revisitent les robes de bal version vampirique : tulle noir et manteau d’homme sont de rigueur. Jean-Paul Gaultier dynamite les codes du masculin et du féminin pour proposer des silhouettes de marquis féminisées à l’extrême. Alors que Balenciaga habille ses dames de satin et organza chair, de dentelle écrue, toujours ajustés, Karl Lagarfeld préfère la légéreté d’une robe en tweed gansé, ample à la « Watteau ». Et enfin Alexander McQueen, pour Givenchy, imagine une redingote d’esprit masculin, en feuille de soie moirée turquoise, bordée de dentelle en vieil argent.
Les silhouettes ainsi vêtues sont apposées au centre des pièces, comme si les fantômes des anciens habitants, s’étaient emparés des créations de ces grands couturiers. Matières et couleurs se mélangent au décor de l’Empereur pour offrir un plaisir des yeux garanti. C’est certes un peu loin, il faut s’aventurer au-delà des frontières parisiennes, mais le voyage en vaut vraiment le détour. Versailles Express, c’est au bout du RER C...
Exposition Le XVIIIe au goût du jour : couturiers et créateurs de mode au Grand Trianon à Versailles
Jusqu'au 9 octobre 2011











